|
 |
 
Entreprise & Carrières - Mai 2001
Europe/Etats-Unis :
Des cultures du travail différentes
Quelques grands principes structurent la relation de travail aux Etats-Unis et la rendent très différente de la conception européenne.
> AT WILL : c'est le principe de base des embauches et des licenciements ("à volonté"), parfois dans l'heure (one hour notice). Etant donnée la réactivité des entreprises aux demandes des actionnaires, l'effectif est clairement une variable d'ajustement. Une entreprise peut lancer un plan de licenciements massifs et réembaucher sur les mêmes postes dans l'année, voire avant la fin du plan.
> PROCES : depuis quelques années, les relations sociales se sont judiciarisées. La loi ou les conventions collectives accordent peu de protection aux salariés, en revanche, la jurisprudence s'est beaucoup étoffée, notamment autour des règles anti?discriminatoires. Cette notion regroupe des catégories nombreuses : race, âge, sexe... "Les salariés sont très orientés procès, explique le DRH d'une start-up de San Jose. C'est un pays civiliste, ce qui suppose de comprendre une jurisprudence souvent floue. C'est pourquoi les fonctions RH sont souvent liées à une fonction juridique." Et selon lui, le risque n'est pas mince
de se retrouver devant un jury populaire. "Tout s'évalue alors en fonction de ce qu'il pourrait dire. Il y a aujourd'hui une sorte de paranoïa, la peur de se faire poursuivre pour des sommes folles sur des fondements parfois inconsistants." L'accès à la procédure est simplifié par le fait que les avocats se paient sur la décision. D'autre part, une assurance verbale (salaire, maintien dans l'emploi...), et sans témoin, peut facilement valoir contrat et se plaider devant un jury, sur la base de la bonne foi et de la pénalisation du parjure. C'est un piège pour des managers français aux promesses parfois faciles. Cette particularité est souvent soulignée dans les formations interculturelles.
> ENTREPRENEURSHIP : une donnée essentielle de l'activité. Caroline Carmagnol, attachée de presse d'origine française, qui travaille à Palo Alto, notamment pour des star-up hexagonales qui s'installent dans la Silicon Valley, a été licenciée dans la journée par son employeur précédent. Le lendemain, elle montait Alizé PR, sa propre agence et pouvait commencer à travailler en attendant le numéro d'immatriculation de son entreprise, par ailleurs simple à obtenir.
> PERFORMANCE : toute l'activité professionnelle est conditionnée par la notion de performance. Dans les entreprises, des revues de performances ont lieu au minimum tous les ans, et jusqu'à une fois par mois. "C'est en quelque sorte une société de gagnants", explique Pascal Baudry (1) qui, avec sa société WDHB installée à Berkeley, organise depuis des années des voyages de formation dans la Silicon Valley destinés aux patrons et DRH français. "Le revers, ce sont les exclus, dans un système qui oblige à rester en forme." Le recrutement, la paie... sont liés à cette notion de performance. Un employeur peut par exemple licencier le représentant d'une minorité s'il parvient à documenter son action sur la base des performances.
"Cette orientation induit des rapports hiérarchiques plus directs", estime encore Pascal Baudry. "Il est possible de critiquer sévèrement quelqu'un juste après l'avoir encensé, ce qui paraît impensable pour des Latins." En l'occurrence, ce n'est pas ici une question de personne, mais de performance, notion à laquelle les Américains sont accoutumés dès l'enfance (sport, éducation avec les bourses au mérite et les classements).
> SYNDICATS : leur influence s'est beaucoup érodée, passant de 35 % de salariés syndiqués à 14% en une trentaine d'années. Ils sont surtout présents dans les grandes corporations industrielles et garantissent encore des salaires et des conditions de travail plus confortables que la moyenne, négociés avec les employeurs dans les contrats de travail (collectifs) sur trois ou quatre ans. Ainsi, Chrysler pourrait bien se trouver en demeure d'assurer aux 26000 salariés licenciés 95 % de leur salaire jusqu'en 2003, terme de l'accord négocié fin 1999 avec le syndicat de l'automobile UAW.
(1) Sur son site <www.wdhb.com>, il rédige un weblivre très intéressant sur les différences culturelles entre les deux pays, en faisant appel aux contributions des internautes.
Entreprise & Carrières
|
 |



|