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Management - Mai 1999

Top séminaires pour top managers

Les dirigeants ont de plus en plus besoin de prendre du recul

Parler stratégie à Singapour ou côtoyer les SDF de San Francisco? Les stages à la mode en offrent pour tous les goûts.

Ce jour-là, c'est la grande affluence dans la salle de conférences d'Arthur Andersen, à Neuilly. L'antenne française du géant anglosaxon de l'audit accueille dom Hugues Minguet, un moine bénédictin versé dans l'art du management. Une centaine de consultants, parmi lesquels une bonne poignée de dirigeants du cabinet, ont sauté le déjeuner pour assister à son intervention. Thème de l'exposé : "Le questionnement spirituel pour trouver un nouveau sens au rôle de manager".

Pendant une heure, l'auditoire écoute sagement le père Minguet avant de le soumettre à un feu roulant de questions. Théologie, philosophie, références historiques : ça vole haut! Et les consultants repartent ravis. "Après ça, je vais avoir du mal à redescendre sur terre pour preparer mon rendez-vous de cet après-midi chez EDF", confie un associé... A mi-chemin entre culture générale et séance de développement personnel, le show de Hugues Minguet ne pouvait faire qu'un tabac. Au hitparade des séminaires pour dirigeants, ces stages ébouriffants qui offrent une ouverture sur le monde devancent d'une courte tête les sessions très pratiques, où les méthodes les plus sophistiquées sont décortiquées pour être applicables dans l'environnement professionnel.

Sortir de la pensée unique qui règne dans l'entreprise

Ces deux genres de séminaires partagent une caractéristique commune : ils font chic et, à peu d'exceptions près, ils sont très chers. Mais ils répondent à une demande. "Les dirigeants ont besoin de sortir de la pensée unique qui règne dans l'entreprise, commente Jacques Pericchi, délégué général du Centre d'études et de réflexion des dirigeants (Cerdi). On sent leur désir de mieux comprendre les paramètres complexes du monde qui les entoure. "Dans le cadre du Cerdi, organisme parrainé par de grandes sociétés comme IBM, Nestlé ou encore France Télécom, ils viennent écouter les interventions de personnalités renommées sur des sujets de macroéconomie (la mondialisation des marchés), de société (la violence dans les banlieues) ou de philosophie (la quête de sens). Les membres du Cerdi paient une cotisation annuelle de 55 000 francs, plus 24 000 francs pour assister à chaque cycle de quatre conférences. Contrainte d'emploi du temps oblige, ces cycles sont étalés sur trois mois et découpes en séminaires de deux jours. "Le temps est le premier obstacle à la formation des dirigeants, note Max Matta, directeur des ressources humaines de Framatome. Il est pourtant essentiel pour eux de se ménager du temps pour se ressourcer et faire des pauses de temps à autre."

Un principe que ne démentira pas Hubert Joly, président de la SSII EDS pour la France et vice-président pour l'Europe. "Dans la vie de tous les jours, on a peu le loisir de réfléchir aux problèmes de spiritualité à l'aube du XXIe siècle, thème de l'une des conférences à laquelle j'ai assisté dernièrement", raconte-t-il. Lui trouve son bonheur à Davos, en Suisse, où se réunit chaque année le gotha mondial de la politique et des affaires.

Les intervenants comptent autant que l'auditoire...

Quel bénéfice retireton d'une participation à ce genre de grandmesse? "C'est l'occasion de penser différemment, de se ressourcer vraiment", estime Hubert Joly. Pour Jacques Pericchi, du Cerdi, cette ouverture à des sujets de culture générale est devenue une nécessité pour les dirigeants. "Dans le contexte de mondialisation où ils évoluent maintenant, ils ont besoin d'élargir leur réflexion, de mettre leurs décisions en perspective", dit-il.

Si les séminaires sur des grands thèmes de société, de politique ou de morale ont le vent en poupe, les dirigeants n'en oublient pas moins d'enrichir le volet "bard" de leur culture managériale : le leadership, la réflexion stratégique, le pilotage du changement dans une économie ouverte, les méthodes pour libérer la créativité dans l'entreprise sont quelques-uns des sujets dans l'air du temps. "Les séminaires qui remportent actuellement le plus grand succès ont trait à la manière de diriger, d'améliorer ses performances, de conduire et d'animer des projets", constate Alain Van Bockstaél, directeur général du Centre de recherches et d'études des chefs d'entreprise (CRC).

Pour faire leur choix, les managers sont presque aussi soucieux de la renommée des intervenants que de la qualité de l'auditoire. "Dans une majorité de cas, ils veulent que ce soient des membres de comité de direction, qui ont les mêmes problèmes et avec qui ils pourront échanger des idées de manière féconde", explique Jean-Louis Muller, responsable du département ressources humaines de la Cegos.

Les stages à l'étranger se révèlent très créatifs

Les stages fréquentés par des managers venus du monde entier ont particulièrement la cote, comme ceux de Management Centre Europe (MCE), une société basée à Bruxelles. Dans les couloirs du Queen Elizabeth Center, à Londres, où cet organisme tenait en mars dernier une conférence consacrée aux ressources humaines (20 000 francs pour trois jours, sans compter le logement), les cadres se disaient autant attirés par les gourous du management à l'affiche que par la perspective de rencontres fructueuses. "On compare, on évoque nos soucis respectifs, constate, ravi, Lionel Prud'homme, chargé de la gestion des cadres chez Suez-Lyonnaise des eaux. Chacun est issu de sociétés et de secteurs d'activité très différents, on se rend compte que les problèmes de base sont souvent les mêmes".

En règle générale, lorsqu'ils sont sortis du contexte franco-français, les stagiaires se montrent souvent plus créatifs. Les dirigeants sont donc très demandeurs de séjours à l'étranger, comme le prouve le succès de l'International Executive Program de l'Insead, qui se déroule en partie en France et à Singapour. Le coût pourrait sembler dissuasif : 135 000 francs par personne, hébergement non compris. Eh bien non! Cette année, l'Insead a dû constituer deux groupes pour répondre à l'affluence de candidatures. Dans ce stage destiné aux cadres internationaux, on parle finance, marketing, production, stratégie. Comme le souligne Arnoud de Meyer, doyen associé pour la formation continue à l'Insead, "c'est du concret".

Les cadres d'Accor ont servi la soupe populaire

C'est à une autre forme de réalité que Pascal Baudry confronte les 2000 stagiaires européens qu'il a accueillis en Californie. Ancien de Renault et d¹AMC (l'exfiliale de la Régie à Detroit), puis cadre chez American Motors, Pascal Baudry est installé depuis longtemps sur la côte ouest des Etats-Unis. Là-bas, il a compris l'intérêt qu'il y aurait à recevoir des dirigéants français pour leur faire découvrir en avant-première les méthodes les plus modernes de management. Ses tarifs? Chers 500 000 francs pour un groupe de 12 personnes au minimum.

Avant le voyage, Baudry se rend chez son client afin d'évaluer l'atmosphère de la société et de ses besoins. Puis il concocte un programme de huit jours, alternant visites d'entreprises et séances de réflexion en groupe. Les thèmes vont du commerce électronique à la dérégulation, en passant par les méthodes de création de valeur... Pour commencer, le consultant cherche à produire un électrochoc chez les participants, afin de stimuler leur créativité. Des dirigeants de France Télécom ont par exemple débuté leur stage en assistant à un office célébré dans l'église la plus déjantée de San Francisco, la Glide Memorial Church. Sa chorale est composée de personnes sans domicile fixe, repris de justice ou anciens toxicomanes, qui ont bénéficié des aides financées par cette église atypique.

Aux cadres de Sofitel, venus travailler sur la qualité de service, Pascal Baudry a aussi réservé une petite surprise. Pour les imprégner du sujet, il les a conduits dans l'équivalent américain des Restos du coeur, où ils ont servi des repas aux personnes en détresse. Un choc culturel et émotionnel pour les dirigeants d'Accor. Et une expérience inoubliable. N'est-ce pas là le but d'une formation?

Benchmarking sur la côte ouest des Etats-Unis

"On a rencontré des gens formidables!" Un an après son séminaire en Californie avec WDHB, ce directeur financier chez France Télécom est toujours aussi enthousiaste. Les visites d'entreprises l'ont passionné et servi, selon lui, à nouer des liens solides dans l'équipe de direction.

Les stagiaires visitent les as du management yankee

Pascal Baudry, l'organisateur de ces stages de terrain, transforme un circuit touristique en apprentissage managérial. Les stagiaires confrontent en permanence leur propre vécu à ce qu'ils voient sur le terrain américain. "Il ne s'agit pas de faire de l'Amérique en France, explique Pascal Baudry, ancien responsable de la formation des ingénieurs et des cadres chez Renault, mais de trouver des idées qui peuvent être adaptées à la culture française."

L'objectif est de montrer ce qui se fait de mieux en matière de management aux Etats-Unis. En fonction du thème, Pascal Baudry sélectionne une quinzaine d'entreprises et d'interlocuteurs pour effectuer des visites fouillées. Les rencontres sont suivies de séances de debriefing, voire d'un atelier de conception stratégique pouvant déboucher sur un plan d'action concret. Récemment, à la suite d'un séminaire, la direction de la recherche d'EDFGDF a complètement remis à plat sa politique d'innovation.

Conférence au sommet avec les stars du management

Si je vous dis Bill Clinton, quels sont les mots qui vous viennent immédiatement à l'esprit? Bureau ovale, cigare, Monica..." Eclats de rire dans la salle. Tony Buzan commence fort sa conférence sur le rôle de la mémoire dans le management. Auteur de best-sellers sur le sujet, il fait partie des animateurs vedettes des conférences organisées par MCE (Management Centre Europe). En mars dernier, celle de Londres, consacrée aux ressources humaines, a réuni 600 personnes. Basé à Bruxelles, MCE propose aussi des séminaires en plus petit comité. Ils accueillent des intervenants de poids, comme Philip Kotler, professeur à l'université américaine J.L. Kellogg et expert en marketing, ou le spécialiste en stratégie Henry Mintzberg.

Les fans connaissent la conférence par coeur

Si le séminaire a ses adeptes, la conférence a ses inconditionnels. "C'est la troisième fois que j'assiste à une intervention de Tony Buzan, et j'en redemande", s'exclame un participant. De tête, les fans dessinent des schémas que le gourou n'a même pas encore esquissés au tableau! Pendant trois jours, on assiste à un show à l'américaine. Les méthodes sont rodées : une blague à la minute, pour éviter que l'auditoire décroche. Et ça marche ! Selon Derek Harley, de MCE, 50% des personnes présentes à Londres étaient déjà venues à des conférences. Les nouveaux sont aussi enthousiastes. "Je fais régulièrement des présentations, dit un viceprésident. Avec mes notes, je vais pouvoir piquer les idées de Buzan... Je n'ai plus qu'à adapter les blagues!"

Ressourcement dans les monts du Vaucluse

C'est un endroit paisible. Un plateau du Vaucluse où l'on grimpe par une petite route en lacets, au milieu des bois de chênes-lièges. Là-haut, la vue est splendide : les sommets enneigés des Alpes se découpent à l'horizon. Inspirés par la beauté du site, les moines bénédictins y ont installé un monastère, NotreDame de Ganagobie. Un lieu propice à la méditation, mais aussi, et c'est plus surprenant, à la réflexion managériale. Car deux mondes se côtoient ici : celui des moines et celui des chefs d'entreprise.

Les stagiaires viennent se poser les "vraies questions"

En 1994, dom Hugues Minguet a crée à Ganagobie le Centre Entreprises, qui accueille en séminaire toute l'année cadres et dirigeants. Pas question cependant de perturber la vie du monastère. Les chambres des stagiaires sont situées à l'extérieur, et les intrusions dans le cloître interdites. Seule l'église, un bijou d'architecture romane, est ouverte au public sept fois par jour, à l'heure des offices... Ancien conseil juridique chez Fidal, Hugues Minguet, un moine au carnet d'adresses bien rempli, a lancé cette initiative à la demande d'industriels désireux de réfléchir aux valeurs qui doivent guider leur action. Les stages ont pour thème l'éthique, les finalités de l'entreprise, l'autonomie de décision... Leur contenu est enrichi, année après année, grâce à l'apport de patrons, de consultants, de syndicalistes qui viennent discuter de ces sujets au sein d¹une unité de recherche également logée au monastère. A 90%, les stagiaires qui s'isolent pendant quatre jours ne sont pas croyants. "A Ganagobie, on vient prendre du recul par rapport à l'agitation quotidienne et se poser les vraies questions", explique Jean-Pierre Richard, le patron d'une PME de travaux publics. A l'image des 15 participants venus en cette fin mars, il porte une tenue décontractée : pull, pantalon de velours côtelé, chaussures de marche.

Les cadres se calent sur le rythme de vie des moines

Dans la petite salle aux murs de pierre où tous sont réunis pour déjeuner à la bonne franquette, l'ambiance est plus proche du weekend à la campagne que de la journée intensive de formation. Les stagiaires ne chôment pas pour autant. Le travail débute à 10 heures jusqu'à midi, reprend à 14h30 jusqu'à 17h30, puis de 18 à 19 heures. "Nous nous calons sur le rythme des bénédictins", dit une stagiaire. Jean-Pierre Richard en est à sa quatrième visite. Il suit le stage intitulé "Devenir un responsable porteur de sens : accompagner les personnes et les équipes".

La session est animée par un consultant spécialiste du coaching, Vincent Lenhardt, et par le père Minguet, qui fait le parallèle entre la Règle de saint Benoît ("une charte de management vieille de quinze siècles") et la gestion. "La communauté bénédictine a une finalité économique, dit-il. Son fonctionnement répond à des règles précises d'accueil, de service." Que retiennent les dirigeants d¹une telle expérience? "Dans mon entreprise, je suis moins directif, je donne plus de liberté à mes collaborateurs, ma vision a changé", assure Jean-Pierre Richard. Un vrai chemin de Damas.

Jean Botella et Candice Mahout

 

 



 

 



 

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07/09/2008.