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Management - Juin 1998

Pourquoi les perdants seront les gagnants

Sur son CV, il peut inscrire une jolie faillite et 4 ans de vacances à la suite! Mais aujourd'hui, Olivier Dewavrin introduit Surcouf en Bourse, et les 6 millions de francs investis en 1992 dans son commerce de PC en valent désormais près de 1 000 ! Sa performance, comme celle d'autres Français qui se sont construit des patrimoines professionnelles de plusieurs centaines de millions de francs en moins de 15 ans, démontre qu'il est encore possible de bâtir une fortune, non pas à San Francisco ou au Loto, mais en créant une entreprise en France. La France des années 90, celle du taux marginal à 54%, des banquiers frileux et des grèves de la RATP...

La france voit le risque comme une folie, comme une tare

Dans notre pays, la pénurie de créateurs de richesses n'est pas forcément due au frein et au refrain du "trop d'Etat, trop d'impôts". Les psychologues et les philosophes ont une autre explication. Qui tient à la relation à l'autre par rapport à l'action que nous entretenons.

Pour comprendre, on peut raconter l'histoire de deux mères de famille, l'une fançaise, l'autre américaine, qui voient leur enfant tomber d'un tobbogan. La Française se précipite et réprimande son fils :"Tu vois, je te l'avais dit, il ne fallait pas monter! T'es trop petit, allez, maintenant, tu joues en bas!" L'Américaine, elle, répondra :"Don't worry, my boy, try again!" ("T'en fais pas mon gars, essaie encore"). Caricatural? "Non, révélateur, explique Pascal Baudry, un consultant qui connaït bien les deux cultures. Aux Etats-Unis, un échec est considéré comme la preuve que vous avez essayé quelque chose, et que vous en avez tiré les leçons. En France, à l'inverse, le fait que vous avez échoué renforce l'autre dans la croyance qu'il est au-dessus de vous, qu'il est meilleur que vous." Et non pas qu'il a, au mieux, raison à un moment donné, dans une circonstance particuliàre. "Le Français, dixit Pascal Baudry, fonctionne encore dans un système féodal soumission/révolte."

L'aversion au risque et la tyrannie de l'échec qui en découle trouvent aussi ses racines dans les genres de notre pays. "La pensée dominante, souligne la philosophe Christine Cayol, est marquée par le mythe de l'ingénieur-expert; elle privilégie la rationalité, l'efficacité, la prévisibilité, la sécurité." Nos entreprises, nos institutions, nos écoles, en effet, sont imprégnées par le mode de raisonnement de dirigeants (énarques, ingénieurs,...) qui valorisent l'analyse, le calcul des possibles et des probables, le respect de l'institution. Dans ce contexte, l'échec est perçu comme une erreur de conception, une faille dans la construction du raisonnement initial, une remise en cause de l'ordre établi et non pas comme une étape naturelle dans le processus d'apprentissage. Le risque, lui, ou l'exploration du nouveau (un marché, un territoire), est donc assimilé à une part de folie. En un mot, pour faire fortune en France, il faut d'abord être fou. Fou comme Surcouf...

Eric Meyer, rédacteur en chef

 

 



 

 



 

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08/21/2008.